Après l'Unification Italienne de 1860
Cette période enregistre l’accomplissement du processus d'institutionnalisation de la Mafia et les premières expériences de coordination entre les "cosche". Délinquance, brigandage et banditisme organisé se développent rapidement dès 1860. Les anciens Partisans de Garibaldi refusent de revenir à la vie civile, quand ils constatent que la victoire de l’insurrection ne change rien à leur sort.
Quand le nouveau royaume d’Italie veut imposer le service militaire à partir de 1861, de nombreux insoumis prennent le maquis et c’est dans ces marges sociales que la Mafia peut recruter quelques uns de ces hommes de main. La pénétration de la Mafia au sein des institutions légales (contribuant à légitimer encore davantage le pouvoir mafieux aux yeux des siciliens) est consenti par :
- la sous-évaluation du phénomène mafieux de la part du gouvernement central (réticent à lancer une action répressive efficace)
- les accords réalisés entre politiciens et mafieux au niveau local (en vertu desquels les premiers se garantissaient le consensus électoral des populations, alors que les seconds obtenaient en échange la gestion de la perception des taxes, la possibilité d’exercer une influence sur les finances des communes et sur les forces de police en en conditionnant les enquêtes)
- le recours aux "cosche" pour mettre fin au phénomène du Brigandage
- la dissolution d'une sorte de police formée d'ex-soldats féodaux laissés sans emploi en 1812 par Giuseppe GARIBALDI, laquelle vint grossir les rangs de la Mafia et l'aider dans ses activités occultes.
Les "cosche" continuent à infiltrer, régulièrement, des groupes rebelles, comme pendant la révolte qui embrase Palerme en 1866 et s’étend alors dans tout l’ouest de l’île, marquée par l’assassinat suspect du Commissaire de Monreale et par le massacre des Carabiniers de Boccadifalco.
La répression «"piémontaise"» permet de rétablir l’ordre. Des parlementaires italiens se rendent en
Sicile en 1867 pour y enquêter sur l’insécurité qui règne dans l’île, et sur l’hostilité manifestée par la population aux représentants du Gouvernement. Ils constatent que délinquance et dissidence politique sont alimentées par la désillusion des Siciliens (déçus par l’annexion de la
Sicile au nouveau Royaume d'Italie), qui subissent une fiscalité beaucoup plus lourde que celle de l’ancien régime (Bourbonien), alors que les investissements décidés par le gouvernement de Florence (puis Rome) vont en priorité au Piémont et à la Lombardie. Le député sicilien Francesco CRISPI n’hésite pas alors à proclamer que la population insulaire (de
Sicile) déteste le Gouvernement de Rome, et qu’elle le considère comme bien pire que celui des Bourbons de Naples. Au début du XXème siècle, le mafieux typique ne correspond pas au mythe du brigand au grand cœur, mais s’impose bien plutôt comme un paysan aisé qui exploite le banditisme endémique par un échange de bons procédés.