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En terre de clientélisme, la droite sicilienne joue la carte de l'autonomie

Le tour d'Italie de Walter Veltroni, le leader du centre-gauche, passait par la Sicile, mardi 25 mars, pour trois jours de campagne en soutien à Anna Finocchiaro, la candidate du Parti démocrate (PD, centre-gauche) aux élections législatives des 13 et 14 avril. Un passage obligé. L'île où naquit la Démocratie chrétienne a toutes les chances de rester une terre de mission impossible pour la gauche, même si le système électoral empêche Silvio Berlusconi, attendu lui aussi sur place début avril, de réitérer l'exploit de 2001, quand ses candidats avaient raflé tous les sièges.

Anna Finocchiaro, 52 ans, ancien chef du groupe des Démocrates de gauche au Sénat, est aussi la candidate du PD pour la présidence de la région, dont l'élection aura lieu à la même date. Le siège est vacant depuis la démission du centriste Salvatore Cuffaro (UDC), condamné à cinq ans de prison, le 26 janvier, pour avoir aidé des chefs mafieux à se soustraire à une enquête judiciaire. En 2006, il avait été réélu avec moins de 300 000 voix d'avance sur Rita Borsellino, une débutante en politique, mais qui, en tant que soeur d'un magistrat assassiné par la Mafia en 1992, était porteuse d'une forte valeur symbolique.

Les deux femmes collaborent aujourd'hui pour conquérir ces 150 000 électeurs qui pourraient, en théorie, faire basculer la région. "La droite se maintient, car le centre-gauche a souvent manqué de courage pour donner des réponses suffisantes", reconnaît Mme Finocchiaro, qui fait campagne pour un meilleur contrôle de la dépense publique : "Une administration régionale pléthorique comme la nôtre, avec 17 000 employés, est un frein au développement", attaque-t-elle.

Le discours sur ces emplois publics "qui coûtent cher et ne produisent rien" passe difficilement sur cette terre de clientélisme. "J'ai l'espoir que ce système, dont la nature est féodale, est à un point de rupture, insiste la candidate. Les Siciliens prennent conscience qu'ils restent en retrait dans un monde qui avance."

L'accusation de clientélisme vise le candidat de la droite, Raffaele Lombardo, qui serait "dans la parfaite continuité de Toto Cuffaro", selon Mme Finocchiaro. Médecin de 57 ans, originaire de Catane, il a fondé en 2005 le Mouvement pour les autonomies (MPA) dans la perspective de lui faire jouer dans le Mezzogiorno un rôle similaire à celui de la Ligue du Nord (séparatiste et xénophobe) pour l'Italie septentrionale. Son tour de force a été de convaincre Silvio Berlusconi de l'investir comme candidat unique de son nouveau parti, le Peuple de la liberté (PDL), aux régionales en Sicile. En échange, le MPA pourrait aider M. Berlusconi à conquérir des sièges de sénateurs dans des régions comme la Campanie et la Calabre, où la gauche est majoritaire.

"RÉDUIRE LE FOSSÉ"

L'homme de la Ligue du Sud est largement favori en Sicile, à moins de trois semaines du scrutin. Un regard bleu azur derrière des lunettes métalliques, une petite moustache poivre et sel : il cache sous une allure de notaire des dispositions d'athlète de la politique.

Raffaele Lombardo dort peu ("trois heures par nuit"), mange peu ("légumes et viande blanche"), s'autorise un expresso décaféiné en donnant ses interviews, sur le coup de minuit, dans un hôtel de Palerme, au retour de ses marathons préélectoraux. L'héritage du "cuffarisme" ? La question est trop récurrente pour le désarçonner. "Je revendique la continuité avec moi-même, dit-il. Ma gestion de la province de Catane plaide en ma faveur. Je ferai des ajustements pour une gestion plus rigoureuse, plus efficace, plus proche des citoyens."

Le clientélisme ? "Les rapports entre les gens du Sud sont plus chaleureux, plus affectueux, dans tous les domaines, y compris en politique, explique-t-il. C'est en parlant directement avec les gens que j'ai compris avant les grands instituts d'études politiques la profonde crise de la société méridionale, et que j'ai adopté une réponse de type autonomiste."

La Sicile dispose d'un statut d'autonomie depuis 1947, mais, dit-il, "le statut n'est rien sans une grande force politique régionale pour le concrétiser, comme en Catalogne". Avec la Ligue du Nord, il partage "l'idée du fédéralisme", mais précise-t-il, "pas pour diviser encore plus le pays, pour aider au contraire le Sud à réduire le fossé qui s'élargit entre les deux Italie".

Symboliquement, l'une des priorités de son programme est la relance du projet de pont sur le détroit de Messine, un gigantesque ouvrage d'art, à l'utilité contestée, que le gouvernement de Romano Prodi a abandonné en 2006. Ce projet à long terme serait "un défi positif contre notre provincialisme" et "enclencherait un cycle vertueux". Pour les opposants, au contraire, sa relance réjouirait surtout les clans mafieux siciliens et calabrais de part et d'autre du détroit.

Source : LeMonde.fr

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